
Cher Mark,
C'est un plaisir de vous accueillir à la 5e édition de notre collège de sécurité. J'ai convoqué cette réunion afin de discuter de la situation sécuritaire en Europe et d'écouter vos points de vue. La préservation de la paix a toujours été une mission fondamentale de l'Union européenne, et si les instruments ont évolué au fil du temps, l'objectif est resté le même. Cela fait maintenant trois ans et sept mois que la Russie a envahi l'Ukraine. L'Ukraine qui continue de résister sur le champ de bataille et n'a cédé pratiquement aucun territoire cette année. Au cours des 1 000 jours qui viennent de s'écouler, la Russie n'a conquis que 1 % du territoire ukrainien occupé. Et ce, malgré le fait que plus d'un quart de million de Russes aient perdu la vie sur le champ de bataille cette année. La Russie subit en outre une pression économique croissante. Les taux d'intérêt s'élèvent à 17 % et l'inflation dépasse largement les 10 %. Je suis convaincue que nous sommes à un tournant et qu'une action décisive de notre part peut faire basculer ce conflit.
Au cours des derniers mois, nous avons déjà pris des mesures sans précédent. Nous avons défini dans un livre blanc notre orientation et nos priorités stratégiques et avons proposé de nouveaux moyens de financer la défense. L'instrument ad hoc SAFE, maintenant opérationnel, a été mis sur pied en un temps record à cette fin. Nous discuterons demain de la voie à suivre lors du Conseil européen informelle.
En matière de défense européenne, il y a selon moi trois thèmes pertinents. Premièrement, les capacités. Nous disposons d'un ensemble unique de forces, affectées à différentes missions liées à l'OTAN, à l'UE, à l'ONU ou à la coalition des volontaires. C'est pourquoi nous avons besoin de capacités interopérables, en étroite coopération avec l'OTAN. Pour y parvenir, nous devons multiplier les achats conjoints. Deuxièmement, nous avons besoin de projets phares en matière de défense. Nous devons ainsi agir dès maintenant, par exemple au titre de l'initiative sur la surveillance du flanc oriental «Eastern Flank Watch». L'Europe doit réagir de manière forte et unie aux incursions de drones russes à nos frontières. C'est pourquoi nous proposerons des mesures immédiates pour créer un mur anti-drones dans le cadre de ce projet. Nous devons agir rapidement, en collaboration avec l'Ukraine et en étroite coordination avec l'OTAN. Troisièmement, notre industrie de défense doit être prête à l'action. Il est essentiel de disposer d'une industrie de défense européenne renforcée, résiliente et innovante pour mener à bien notre réarmement. L'industrie doit être en mesure de fournir rapidement et à grande échelle des équipements militaires de pointe. Voilà en quelques mots un aperçu de certains des éléments clés du document d'orientation. Dans deux semaines, nous présenterons la faille de route complète de notre plan de préparation à l'horizon 2030.
Enfin, concernant l'Ukraine, nous progressons sur plusieurs fronts. Premièrement, nous renforçons la pression économique sur la Russie. Nos sanctions portent leurs fruits. La croissance russe devrait ralentir, passant de 4,3 % en 2024 à 0,9 % en 2025. Nous devons accroître cette pression. À cette fin, nous avons proposé des nouvelles mesures énergiques dans les domaines de l'énergie, des services financiers et du commerce au titre du 19e paquet de sanctions. L'un de ses éléments clés est l'interdiction des importations de GNL en provenance de Russie. Deuxièmement, nous devons fournir une aide militaire à l'Ukraine. Si nous continuons à considérer l'Ukraine comme notre première ligne de défense, nous devons renforcer l'aide militaire que nous lui apportons. Concrètement, nous avons convenu avec l'Ukraine de consacrer deux milliards d'euros au financement de drones. Cela permettra à l'Ukraine d'augmenter sa capacité de production dans ce secteur et à l'UE de bénéficier de cette technologie. Toutefois, une solution plus structurelle en matière de soutien militaire est nécessaire pour que la stratégie du porc-épic soit couronnée de succès. C'est pourquoi j'ai proposé l'idée d'un prêt de réparation basé sur les actifs souverains russes immobilisés. Ce prêt ne serait pas versé en une seule fois, mais par tranches, et assorti de conditions. Nous renforcerons notre propre industrie de défense en veillant à ce qu'il soit en partie utilisé pour des achats en Europe et avec l'Europe. Il est à souligner qu'il n'est pas question de saisie d'actifs. L'Ukraine devra rembourser le prêt si la Russie paie des réparations. Le responsable de cette guerre doit répondre de ses actes.
J'ai hâte de m'entretenir avec vous, notamment en vue de préparer le Conseil européen informel.
- Date de publication
- 30 septembre 2025
- Auteur
- Représentation au Luxembourg